L'éditorial de la semaine - Retour aux sources !

A première vue, on pourrait penser que le Luxembourg, à Paris, est un vénérable et classique Jardin à la Française respirant Histoire et Culture. C'est un point de vue auquel adhère la majorité des nombreux touristes de passage dans le Quartier Latin - et de fait, on ne peut qu'admirer ses allées impeccables et ses fontaines prolongeant le majestueux palais du Sénat. Quelques après-midi passées sous ses marronniers enseignent cependant que ce n'est là que sa facette la plus visible, mais peut-être pas la plus profonde. Car en somme, ses statues de reines de France entourées de palmiers cotoyant les gymnastes hindous du week-end, ou encore l'insolence proverbiale de ses garçons de café en font aussi une sorte de modèle d'ironie voltairienne. D'une manière ou d'une autre, l'ambiance de ses allées oscille toujours entre élégance, malice, poids des choses de la vie.. et aussi un peu de truanderie. De sorte que l'on ne sait jamais précisément si le Jardin du Luxembourg est noble ou méprisable. L'existence est amplie de dilemmes.

Ce point une fois assimilé, il faut se rendre à ce qui constitue sans doute le summum du Jardin: le "coin des Echecs". Celui-ci consiste en quelques tables de jeu, généreusement offertes par le Parlement, et fréquentées par des habitués en nombre variable suivant la saison. Un endroit extraordianire de variété, où l'on peut passer, surtout en été, des week-ends entiers à blitzer sous les arbres avec des adversaires de tous types. Au Luxembourg, on peut trouver  des jeunes chercheurs de l'ENS poussant gravement le pion, des immigrés désabusés de Roumanie, de Russie et d'ex-Yougoslavie, des chômeurs de longue durée, d'anciens conseillers ministériels, des retraités ordinaires - et même à l'occasion quelques parlementaires. Et sans discontinuer, les spectateurs médusés assistent à des parties épiques en 1minute, deux minutes ou cinq minutes, ponctuées par des jurons et des mises en garde énoncées dans toutes les langues d'Europe Occidentale et Orientale.

Pour ma part, j'y ai connu un Normalien qui s'était pris d'une telle affection pour l'endroit qu'il prétendait vouloir s'y laisser enfermer des nuis entières pour en disposer seul, ou encore passer un concours de Fonctionnaire du Sénat lui permettant de devenir gardien du Jardin. Même s'il traversait alors une période tourmentée, ces projets sont en eux -mêmes révélateurs de la qualité de l'endroit.

En définitive, là se situent les racines de MatPat - toute la vocation initiale du site a été de reproduire ce lieu de convivialité et - si l'on peut dire - d'échanges culturels. L'existence d'une "salle Luxembourg" sur MatPat ne saurait donc étonner. La "salle Jean-Jacques Rousseau" s'en inspire également. Lisez les "Confessions" et vous découvrirez en Rousseau non plus simplement l'auteur classique faisant trembler les bacheliers, mais aussi le Genevois sans argent parti conquérir Paris - et qui, entre ses mésaventures auprès d'un ambassadeur tyrannique à Venise et ses perpétuelles péripéties dans les hautes sphères de l'époque, faillit bel et bien devenir champion d'Echecs, aux côtés du célèbre Philidor, sur les tables du Café de la Régence!

Bref, amis de MatPat, vous disposez à présent d'un adresse à visiter à Paris.