Légendes des Echecs - Adolf Anderssen et ses Immortelles

Dans la catégorie des "Glorieux Anciens" - joueurs des 18ème et 19ème Siècles ayant posé les fondements théoriques échiquéens, tels que Philidor, Morphy, Lasker, Steinitz... - , Adolf Anderssen occupe à coup sûr une place de choix. Né en 1818 à Breslau (alors encore en Prusse), Anderssen fut, dans un premier temps, un brillant amateur - se consacrant aux Echecs en parallèle de sa carrière de mathématicien.

Cependant, à partir de 1848, Anderssen commence à cumuler des résultats surprenants face aux meilleurs joueurs européens d'alors - tels Daniel Harrwitz ou Howard Staunton. La victoire d'Andersson face à Staunton (alors considéré comme "Champion du Monde officieux")  en 1851 à l'occasion de l'un des tout premiers tournois d'Echecs Européens, à Londres, fit notamment d'Anderssen une célébrité. Malgré des résultats variables - et notamment une lourde défaite en 1858 face à l'Américain Paul Morphy - Anderssen conserva longtemps cette réputation d'un joueur de niveau remarquable, parmi les plus forts de l'époque. Son déclin, à partir des années 1865-1870, fut essentiellement du à l'émergence d'une véritable théorie des Echecs - représentée par des joueurs tels que l'Autrichien Steinitz, qui le bat en 1866. Anderssen, de son côté,  était encore un représentant de haut vol de l'Ecole Romantique... Il mourut dans sa ville de naissance, Breslau - désormais en Allemagne.

Deux parties d'Anderssen représentent particulièrement bien ce que pouvait produire sur l'Echiquier l'"Ecole Romantique" - alliée à un talent hors norme. Voici donc la "Partie Immortelle" et la "Toujours Jeune". N'hésitez pas à visualiser ces célèbres chef d'oeuvres dans le lecteur PGN proposé en première page de MatPat:

Adolf Anderssen

"Das unsterbliche Spiel"

C'est ainsi que le jouer d'Echecs et journaliste Autrichien Ernst Falkbeer surnomma, dans une chronique de la Wiener Schachzeitung, cette partie disputée en 1851 entre Adolf Anderssen (avec les Blancs) et le joueur germano-polonais Lionel Adalbert Bagration Felix Kieseritzky. 

Le point remarquable de cette partie est l'exceptionnelle coordination des pièces blanches - qui finissent la partie au nombre de 3 alors que l'ensemble des pièces noires restent présentes sur l'Echiquier - mais qui participent toutes au mat final tout en ne contrôlant chacune qu'une case unique du réseau de mat. En voici le PGN:

1.e4 e5 2.f4 exf4 3.Bc4 Qh4+ 4.Kf1 b5 5.Bxb5 Nf6 6.Nf3 Qh6 7.d3 Nh5 8.Nh4 Qg5 9.Nf5 c6 10.g4 Nf6 11.Rg1 cxb5 
12.h4 Qg6 13.h5 Qg5 14.Qf3 Ng8 15.Bxf4 Qf6 16.Nc3 Bc5 17.Nd5 Qxb2 18.Bd6 Bxg1 19. e5 Qxa1+ 20. Ke2 Na6 
21.Nxg7+ Kd8 22.Qf6+ Nxf6 23.Be7# 1-0

La position de l'"Immortelle" après le 11ème coup blanc (Rg1 - Gambit du Fou b5)

Dessin représentant Lionel Kieseritzky (au premier plan)

Jean Dufresne

"La toujours jeune":

Cette partie, également surnommée en Anglais "The Evergreen", opposa en 1852 à Berlin Anderssen (avec les Blancs)  à Jean Dufresne. Ce dernier, comme les apparences de son nom ne l'indiquent pas, était également un joueur d'Echecs allemand - disciple d'Anderssen.

Le point stratégique de la partie se profila au 19ème coup - alors que la position était telle qu'indiquée ci-contre. Le coup surprenant Tad1 suivi par le coup noir évident Dxf3 devait cependant signer la défaite des Noirs - via une combinaison que le grand joueur Xavier Tartacover qualifia de "combinaison unique dans la littérature échiquéenne". Cependant, au-delà de cette séquence de coups, la possibilité de contrer ou non le coup d'Anderssen a donné lieu à des analyses poussées. Des joueurs tels que Lasker au début du XXème Siècle - et plus largement par la suite de nombreux analystes - s'essayèrent à étudier l'ensemble des variantes possibles suivant la réponse des Noirs, sans parvenir, et ce jusqu'à ajourd'hui, à clore définitivement ce point!

Cette partie reste donc source de réflexions toujours renouvelées, d'où son surnom. En voici le PGN:

1.e4 e5 2.Nf3 Nc6 3.Bc4 Bc5 4.b4 Bxb4 5.c3 Ba5 6.d4 exd4 7.O-O d3 8.Qb3 Qf6 9.e5 Qg6 10.Re1 Nge7 11.Ba3 b5 12.Qxb5 Rb8 13.Qa4 Bb6 14.Nbd2 Bb7 15.Ne4 Qf5 16.Bxd3 Qh5 17.Nf6+ gxf6 18.exf6 Rg8 19.Rad1 Qxf3 20.Rxe7+ Nxe7 21.Qxd7+ Kxd7 22.Bf5+ Ke8 23.Bd7+ Kf8 24.Bxe7# 1-0

"The Evergreen" - Position après le 18ème coup Noir. Anderssen joua alors Tad1!